
Le Dandysme, plus qu’une simple tendance vestimentaire, est un courant incarnant une posture esthétique et intellectuelle, enracinée dans l’Histoire mais toujours étonnamment contemporain. Derrière les coupes impeccables de silhouettes stylisées, se cache un véritable héritage culturel complexe, à la croisée de la mode, de la politique ainsi que de la quête identitaire.
Le Dandysme est un courant qui émerge au début du XIXe siècle, le terme “dandy” issu de l’argot anglais désigne ainsi un homme élégant, raffiné, bien apprêté. Le dandy est l’art du bien parler, de la courtoisie, il est d’un charme discret. Le dandy n’est pas seulement un homme élégant, c’est un homme qui fait de sa vie une œuvre d’art. George Brummell, nommé le “Beau Brummell”, est l’archétype même du dandy, il révolutionne la mode au XIXe siècle et influence toujours les codes que nous connaissons de nos jours. Bien qu’il ne soit en réalité pas le fondateur même de cette mode, le dandy est souvent associé à son nom. Son but premier fut de “stand out” en étant incroyablement bien apprêté et soigné. Cependant, ce style de vie est adopté bien avant la création du mot “dandy” qui désignera plus tard cette tendance, qui existait déjà lors des années 1800.
“Le dandy doit aspirer à être sublime sans interruption.
– Charles Baudelaire
Ce courant, naît en Angleterre, trouve son héritage en France grâce à Baudelaire qui employait le terme “dandy” dans ses conversations mondaines ainsi que dans ses écrits. “Héroïque”, “grandiose”, Baudelaire donne un tout nouveau sens à ce mot qui était à ses yeux le modèle même de l’homme parfait, régnant une indépendance propre d’un dédain grandiose sur le monde. Baudelaire dépeint le dandy dans Le Peintre de la vie moderne “Le dandysme est le dernier éclat d’héroïsme dans les décadences […]” Après une montée de la démocratie en France au XIXe siècle et une uniformisation des goûts, le dandy s’impose contre le travail à la chaîne, à l’obsession de la rentabilité et valorise l’art de se faire remarquer sans en avoir l’air. Il questionne déjà à cette époque les tensions entre la liberté individuelle et la pression sociale.
Le dandysme est le reflet même de la bourgeoisie de l’époque, l’obsession à l’apparence, au bien paraître. Il est silencieusement nominatif de richesse. Ainsi, il n’est que juste de mentionner l’héritage du Dandysme noir, comment celui-ci a révolutionné tous les codes sociaux au cours d’une période de répression et comment s’impose-t-il inévitablement comme une forme d’expression.
L’héritage du Dandysme Noir
Durant la traite négrière de l’Angleterre du XVIIIe siècle, le dandysme est imposé aux esclaves, habillés spécifiquement par leurs maîtres afin d’élever leur statut social, de vanter leur richesse de manière fastueuse. Prenons la caricature de Thomas D. Rice des années 1830 par exemple. Thomas Dartmouth Rice était un humoriste américain qui basait son humour sur une pauvre représentation des populations noires. Sur cette image, il nous est dépeint cet humoriste incarnant un homme noir, couvert de terre noire. Nous remarquons le choix des habits, typique du dandysme.

Cependant, bien que le dandysme leur fût imposé, les populations noires, comme forme de résistance, se réapproprient ce style comme une arme politique. C’est ainsi que le dandysme noir naît. Désormais non plus comme une contrainte, mais comme une force pour combattre la hiérarchie sociale. Le personnage fictif de Jim Crow dégrade l’image des populations noires, le dandy noir l’élève. Résistant contre une “supériorité” en refusant de se conformer à une image dictée d’infériorité.
La société des ambianceurs et des personnes élégantes, plus connue sous le nom de la Sape, est un mouvement provenant de la république du Congo à Brazzaville au cours de l’époque coloniale. Influencé par les communautés noires aux États-Unis et au Royaume-Uni, et qui utilise les codes vestimentaires du Dandysme afin de protester. Ce choix vestimentaire n’est pas seulement une question de mode, mais une véritable revendication de dignité sociale.
“En adoptant les habits des colons, les jeunes Congolais se sont appropriés des symboles de pouvoir et de statut social, tout en les détournant pour affirmer leur propre identité. La Sape est ainsi devenue un moyen de revaloriser la culture congolaise, face à la domination culturelle imposée.”
Sylvie Ayimpam dans “The Conversation”
De nos jours, contrairement à celui du XIXe siècle, le dandysme est devenu plus inclusif et ouvert, il est traversé par des courants queer, féminins, et devient une véritable arme politique. Il n’est plus réservé à l’homme blanc bourgeois, il est un outil d’émancipation. Le dandysme devient un langage politique, autant qu’esthétique.

« Prosper » avec Jean-Pascal Zadi